Afriland First Bank ouvre la voie : première banque camerounaise à conquérir le marché centrafricain

En ouvrant une succursale en République centrafricaine, Afriland First Bank devient la première banque camerounaise à s’implanter directement dans le pays. Plus qu’une expansion géographique, cette arrivée marque une nouvelle étape dans la construction d’un groupe bancaire régional, décidé à faire de l’espace CEMAC son véritable marché domestique.
À Bangui, Afriland First Bank ne vient pas simplement ajouter une enseigne à un paysage bancaire déjà occupé par plusieurs acteurs régionaux. La banque camerounaise vient tester une ambition plus large : celle de transformer sa puissance acquise au Cameroun en capacité d’influence à l’échelle de l’Afrique centrale.
Opérationnelle depuis juin 2026 et officiellement annoncée le 15 juillet, la nouvelle succursale est dotée d’un capital de 2,15 milliards de FCFA. Sa direction a été confiée à Zavier Ngueutheu, chargé d’installer l’établissement sur un marché à la fois étroit, concentré et en progression.
Pour Afriland First Bank, fondée par le banquier camerounais Paul Kammogne Fokam, cette implantation constitue un précédent. Jamais auparavant une banque d’origine camerounaise ne s’était installée directement en République centrafricaine. Le mouvement dépasse donc la stratégie d’une seule institution. Il donne aussi une nouvelle dimension à l’industrie bancaire camerounaise, longtemps puissante sur son marché national, mais encore peu visible dans son environnement immédiat.
L’agrément unique comme accélérateur régional
Cette expansion a été rendue possible par le nouveau régime d’agrément unique applicable aux établissements de crédit de la CEMAC. Adopté en décembre 2024, ce dispositif permet à une banque déjà agréée dans un État membre d’ouvrir une succursale dans un autre pays de la Communauté, sous réserve de l’autorisation de la Commission bancaire de l’Afrique centrale.
Afriland First Bank a obtenu le feu vert de la COBAC en décembre 2025. Six mois plus tard, la banque était opérationnelle à Bangui.
Derrière cette rapidité se trouve une évolution réglementaire majeure. Pendant des années, les banques de la sous-région ont évolué dans des marchés nationaux relativement cloisonnés, malgré l’existence d’une monnaie commune et d’un régulateur partagé. L’agrément unique réduit désormais les obstacles à l’expansion et rapproche un peu plus la CEMAC d’un véritable marché bancaire intégré.
Afriland semble vouloir en être l’un des premiers bénéficiaires. Le groupe ne présente plus le Cameroun comme la limite de son développement, mais comme le point de départ d’une stratégie régionale. La République centrafricaine devient ainsi la première démonstration de cette nouvelle doctrine.
Suivre les flux économiques au-delà des frontières
La logique de l’opération repose d’abord sur la proximité entre les économies camerounaise et centrafricaine. Le Cameroun constitue l’un des principaux corridors commerciaux de la RCA, notamment à travers l’axe Douala-Bangui. De nombreuses entreprises camerounaises interviennent déjà dans le commerce, la distribution, les services, les infrastructures et l’import-export.
En s’installant directement à Bangui, Afriland First Bank se rapproche de ces flux. Elle pourra accompagner les besoins de trésorerie, sécuriser les paiements transfrontaliers, financer les investissements et proposer des solutions mieux adaptées aux entreprises opérant entre les deux pays.
La banque entend également développer ses activités dans la banque de détail, la banque d’entreprise et les services numériques. Son discours met en avant l’accompagnement des États, des investisseurs, des industriels et des particuliers. Mais sa véritable valeur ajoutée résidera dans sa capacité à transformer cette promesse de proximité en offres concrètes, compétitives et adaptées aux réalités centrafricaines.
Car une expansion régionale ne consiste pas à reproduire mécaniquement un modèle national. Elle exige une lecture fine du tissu économique local, de la qualité des emprunteurs, du niveau de bancarisation et des risques propres au marché.
Un secteur en croissance, mais encore fragile
Afriland First Bank entre dans un paysage bancaire qui comptait quatre établissements à la fin de 2025 : Ecobank Centrafrique, BGFIBank Centrafrique, la Banque populaire maroco-centrafricaine et BSIC RCA.
Le marché reste fortement concentré. Au premier trimestre 2026, BGFIBank Centrafrique représentait à elle seule 65,72 % des crédits distribués. Pour le nouvel entrant, la conquête de positions significatives passera donc moins par une confrontation frontale que par la capacité à identifier des segments insuffisamment servis.
Les indicateurs montrent néanmoins un secteur en expansion. À fin décembre 2025, les actifs bancaires centrafricains atteignaient 519,6 milliards de FCFA, contre 463,5 milliards un an auparavant, soit une progression de 12,1 %. Les dépôts avaient augmenté de 11,8 %, à 359,9 milliards de FCFA, tandis que les crédits bruts à la clientèle progressaient de 4,2 %, pour atteindre 237,3 milliards.
Cette dynamique offre des perspectives, mais elle s’accompagne d’un signal de vigilance. Les créances en souffrance ont atteint 33,4 milliards de FCFA, soit 14,1 % des crédits bruts, contre 12,7 % un an plus tôt. Afriland devra donc arbitrer avec précision entre ambition commerciale et discipline du risque.
Dans un marché où la qualité du portefeuille se dégrade, la croissance ne pourra être durable qu’à condition de renforcer l’analyse des contreparties, la connaissance des clients et le suivi des engagements.
Bangui comme premier test d’une ambition plus vaste
L’ouverture en République centrafricaine ne semble être qu’une première étape. Afriland First Group prépare également son implantation au Tchad avant la fin de l’année 2026. Ce projet, envisagé depuis près de vingt ans, a été relancé à la faveur du nouveau cadre réglementaire communautaire.
La stratégie se précise : bâtir progressivement un réseau capable d’accompagner les entreprises et les capitaux à travers plusieurs économies de la CEMAC.
Bangui sera donc observée comme un laboratoire. La banque devra démontrer qu’elle peut adapter son modèle, gagner la confiance des déposants, construire un portefeuille sain et s’insérer dans un marché dominé par des institutions déjà établies.
Mais le symbole est déjà fort. En franchissant la frontière centrafricaine, Afriland First Bank ne cherche plus seulement à être une grande banque camerounaise. Elle affirme sa volonté de devenir une banque d’Afrique centrale.
Patrick Tchounjo



