Nomination

Mustapha Benalkma à la tête de la BNA : le banquier du risque face au chantier de la modernisation algérienne

Le 18 juillet 2026, Mustapha Benalkma a officiellement pris les commandes de la Banque nationale d’Algérie, lors d’une cérémonie présidée par le ministre des Finances, Abdelkrim Bouzred. Il succède à Samir Tamrabet, qui quitte la direction générale après deux années de mandat, et hérite d’une institution dont le poids dépasse largement le seul secteur bancaire.

Ce changement intervient à un moment charnière pour la finance algérienne. Les banques publiques sont désormais appelées à accélérer leur modernisation, à renforcer leurs dispositifs de contrôle, à développer la monétique et à élargir l’accès aux services financiers. Dans ce contexte, le choix de Mustapha Benalkma traduit une volonté de continuité maîtrisée plutôt qu’une rupture spectaculaire.

Formé pendant près de quatre décennies au financement des entreprises, à l’analyse du crédit et à la gestion des risques, le nouveau directeur général connaît profondément les mécanismes du système bancaire public. Sa mission sera pourtant transformatrice : moderniser l’une des principales institutions financières du Maghreb, améliorer son efficacité opérationnelle et préserver son rôle historique dans le financement de l’économie nationale. À la tête de la première banque commerciale créée après l’indépendance, il devra désormais convertir la puissance du bilan de la BNA en outil plus agile au service de la diversification économique algérienne.

Cette nomination dépasse le simple renouvellement d’une équipe dirigeante. Elle intervient alors que la Banque d’Algérie demande aux établissements de la place d’accélérer la modernisation de leurs services, l’inclusion financière, la monétique et l’adaptation de leurs systèmes de contrôle aux nouvelles exigences réglementaires.

Un spécialiste du financement des entreprises et du risque

Le parcours de Mustapha Benalkma permet de comprendre le signal envoyé par sa nomination. Il a effectué plus de 37 années au Crédit populaire d’Algérie, où il a commencé sa carrière en 1989 avant de gravir les différents niveaux de la chaîne de décision du crédit.

Il a notamment été chargé de l’évaluation des projets, responsable de l’étude des demandes de financement des entreprises, directeur central, puis directeur général adjoint du CPA à partir de mai 2010. Ses responsabilités l’ont placé au cœur de l’analyse des risques, du financement de l’investissement et de l’allocation des ressources bancaires.

Cette expérience correspond à l’un des principaux défis de la BNA. La banque doit financer davantage les entreprises productives et accompagner la diversification de l’économie hors hydrocarbures, tout en maintenant une discipline rigoureuse sur la qualité des projets, la solvabilité des emprunteurs et le suivi des créances.

Autrement dit, le nouveau directeur général n’est pas seulement attendu sur la croissance du crédit. Il devra améliorer la qualité de cette croissance.

Une institution dont la taille en fait un instrument de politique économique

Créée en juin 1966, la BNA conserve une place particulière dans l’architecture économique algérienne. Elle intervient dans le financement des entreprises publiques et privées, des PME, de l’agriculture, de l’immobilier et des grands programmes d’investissement.

Les derniers résultats détaillés publiés par la banque, relatifs à l’exercice 2023, donnent la mesure de l’institution. La BNA affichait alors un total de bilan supérieur à 6 106 milliards de dinars, un produit net bancaire de 104,8 milliards de dinars et un résultat net de 50,4 milliards de dinars. Les ressources collectées auprès de la clientèle dépassaient 2 711 milliards de dinars, tandis que les emplois à la clientèle atteignaient plus de 1 122 milliards.

À cette échelle, chaque arbitrage dépasse les frontières de la banque. Une modification de la politique de crédit, des conditions de financement ou du dispositif de gestion des risques peut influencer des secteurs entiers de l’économie.

La fonction confiée à Mustapha Benalkma est donc autant bancaire que macroéconomique.

La digitalisation ne peut plus rester un chantier périphérique

Le premier dossier visible sera celui de la transformation numérique. Les banques algériennes sont confrontées à une clientèle qui attend des services plus rapides, des paiements accessibles à distance et des parcours moins dépendants de l’agence physique.

La BNA affirme avoir placé la transformation digitale et l’inclusion financière au centre de sa stratégie. Elle développe ses services de banque à distance, ses solutions de paiement mobile et des outils facilitant l’accès aux opérations boursières. Fin 2025, elle a notamment annoncé le lancement de « Bourse Connect » sur ses plateformes électroniques.

Mais le défi dépasse le lancement de nouveaux produits. Il concerne la modernisation des systèmes d’information, la qualité des données, la cybersécurité et l’intégration des procédures de conformité dans les parcours digitaux.

La Banque d’Algérie a d’ailleurs renforcé en 2026 les exigences relatives à la connaissance du client, avec une nouvelle instruction KYC applicable aux banques et établissements financiers. Pour la BNA, la digitalisation devra donc conjuguer simplicité commerciale et traçabilité réglementaire.

La finance islamique, levier de bancarisation

Mustapha Benalkma devra également approfondir le positionnement de la BNA dans la finance islamique, considérée par les autorités comme un moyen de mobiliser une partie de l’épargne conservée en dehors du système bancaire.

À fin 2025, la BNA disposait de 16 agences entièrement consacrées à la finance islamique et de 108 guichets spécialisés, soit 124 structures commerciales. La banque inscrit cette activité dans son plan stratégique 2024-2028 et la relie directement à ses objectifs de bancarisation et d’inclusion financière.

Le potentiel est important. En juillet 2026, les autorités et les professionnels du secteur ont de nouveau présenté la finance islamique comme un instrument de mobilisation de l’épargne nationale et de soutien à l’investissement productif.

La prochaine étape consistera cependant à dépasser l’élargissement du réseau. La performance devra être évaluée à travers le volume de dépôts collectés, les financements accordés aux entreprises et la rentabilité des produits proposés.

Gouvernance, marché financier et obligation de transparence

La nomination intervient également dans un environnement institutionnel transformé par la loi monétaire et bancaire de juin 2023. Ce texte a renforcé le cadre de supervision, les pouvoirs de la Commission bancaire et les responsabilités des organes de gouvernance des établissements financiers.

Parallèlement, l’Algérie cherche à donner davantage de profondeur à son marché financier. Le Crédit populaire d’Algérie et la Banque de développement local sont déjà cotés à la Bourse d’Alger, tandis que de nouvelles entreprises publiques et technologiques ont rejoint la cote en juillet 2026.

Même si aucune introduction en Bourse de la BNA n’a été officiellement annoncée, ce nouveau contexte impose aux grandes banques publiques des standards plus élevés en matière de reporting, de rentabilité, de gouvernance et de lisibilité stratégique.

La BNA devra donc fonctionner avec une discipline proche de celle attendue d’une société cotée : comptes plus transparents, risques mieux documentés et performances mieux expliquées.

Le véritable test : convertir la taille en efficacité

Mustapha Benalkma prend la direction d’une banque puissante, rentable et profondément liée à l’État. Mais la taille ne constitue plus une garantie suffisante dans un secteur bancaire soumis à la pression technologique, réglementaire et commerciale.

Son défi sera de transformer la puissance du bilan en efficacité opérationnelle. Cela suppose de réduire les délais de décision, de mieux sélectionner les projets financés, d’élargir l’accès aux services et de renforcer la confiance des ménages comme des entreprises.

Son expertise du crédit constitue un avantage. Elle peut aussi définir le style de son mandat : moins fondé sur l’expansion quantitative que sur la qualité du financement et la capacité de la banque à soutenir des investissements réellement productifs.

La nomination de Mustapha Benalkma marque ainsi une nouvelle étape pour la BNA. La réussite ne se mesurera pas seulement à la progression de ses actifs ou de ses bénéfices, mais à sa capacité à devenir une banque publique plus rapide, plus transparente et plus utile à la diversification de l’économie algérienne.

Patrick Tchounjo

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