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Danpullo Capital : Baba Danpullo s’associe à Kessner pour bâtir une plateforme d’investissement régionale

Pendant plusieurs décennies, Baba Ahmadou Danpullo a construit son patrimoine en accumulant des actifs tangibles : plantations, élevage, immobilier, télécommunications, médias et participations industrielles. Le 22 juillet 2026, l’homme d’affaires camerounais a engagé une transformation d’une autre nature. Avec la création de Danpullo Capital, il ne cherche plus seulement à développer de nouvelles entreprises. Il organise désormais son capital, professionnalise son allocation et prépare la transmission d’un groupe devenu trop vaste pour être administré selon les seuls réflexes de son fondateur.

Basée à Douala, Danpullo Capital est constituée en partenariat avec Kessner Capital Management. La nouvelle structure doit assurer la gestion et la croissance des avoirs de la famille Danpullo, tout en déployant des capitaux dans des projets situés en Afrique centrale. L’opération marque la première institutionnalisation formelle du patrimoine de l’entrepreneur autour d’une plateforme administrée avec des professionnels extérieurs.

Cette évolution est stratégique. Elle transforme progressivement un portefeuille d’entreprises détenues par un homme en une organisation capable d’arbitrer entre secteurs, maturités, zones géographiques et niveaux de risque.

De la détention d’actifs à l’allocation du capital

Danpullo Capital s’apparente à un family office doté d’une capacité d’investissement régional. Sa mission ne devrait pas se limiter à conserver les actifs existants. Elle consistera à mesurer leur performance, organiser leur financement, identifier les risques de concentration et décider où engager les prochaines ressources.

Le patrimoine de Baba Danpullo couvre déjà plusieurs secteurs structurants. Le site officiel de l’entrepreneur mentionne notamment les plantations de thé, la minoterie, l’élevage, les télécommunications à travers une participation de 49 % dans Nexttel, les médias avec DBS Television et une exposition au coton par l’intermédiaire de SMIC et de la Sodecoton. Le groupe revendique également une présence économique dans plusieurs pays africains ainsi qu’en Suisse.

À ce niveau de diversification, la question n’est plus uniquement celle de la croissance. Elle devient celle de la gouvernance.

Comment éviter qu’une activité consomme durablement les ressources générées par une autre ? Comment évaluer la rentabilité réelle d’un actif immobilier, agricole ou technologique ? Comment organiser la succession sans fragmenter le contrôle ? Comment mobiliser des partenaires financiers sans exposer l’ensemble du patrimoine familial ?

Danpullo Capital est une réponse à ces interrogations.

Kessner, le choix du crédit privé et de la finance structurée

Le partenaire retenu donne une indication précise sur l’orientation de la nouvelle structure.

Créée en 2024, Kessner Capital Management est une société de gestion alternative spécialisée dans les solutions de financement destinées aux marchés africains. Elle dispose notamment d’une implantation à Londres, tout en étant juridiquement enregistrée aux îles Caïmans. Son approche repose sur le crédit privé, le financement du commerce, la dette mezzanine, les prêts garantis et les solutions de financement conçues sur mesure.

La société est dirigée par Bruno-Maurice Monny et Benny Osei. Le premier a travaillé chez J.P. Morgan et BNP Paribas avant de se spécialiser dans le crédit structuré et les transactions de dette privée en Afrique subsaharienne. Le second est passé par Bloomberg et Leifbridge Capital, où il a acquis une expérience de l’investissement multi-actifs sur les marchés émergents et frontières.

En septembre 2025, Kessner a lancé son premier fonds de crédit privé consacré aux PME africaines. Le véhicule vise des entreprises situées dans des secteurs tels que l’agriculture, les infrastructures, la technologie, les énergies renouvelables et les services financiers. Sa philosophie consiste à fournir un capital plus patient et plus flexible que celui proposé par les circuits bancaires traditionnels.

Kessner bénéficie également du soutien de NFG SA. En février 2025, la société suisse a annoncé un accord portant sur l’acquisition de 76 % du gestionnaire, accompagné d’un engagement pouvant atteindre 50 millions de dollars afin de développer ses solutions de dette en Afrique. La finalisation de cette opération restait soumise aux autorisations réglementaires usuelles.

Une plateforme pour financer l’Afrique centrale

La création de Danpullo Capital dépasse la seule gestion d’une fortune familiale. Elle pourrait constituer une nouvelle source de financement pour une région où les entreprises restent encore fortement dépendantes des banques.

En Afrique centrale, les besoins en capital sont importants dans l’agriculture, l’énergie, l’immobilier, les transports, les infrastructures numériques et la transformation industrielle. Pourtant, de nombreuses entreprises ne trouvent pas de ressources adaptées à la durée de leurs projets.

Les banques financent principalement à court ou moyen terme. Les marchés financiers demeurent étroits. Le capital-investissement reste peu développé. Entre les crédits bancaires classiques et les investissements en fonds propres existe donc un espace considérable pour le crédit privé et la finance structurée.

Danpullo Capital pourra chercher à occuper cet espace, en combinant la connaissance du terrain du groupe camerounais et l’expertise financière de Kessner.

Le véritable avantage ne résidera pas seulement dans le montant des capitaux disponibles. Il reposera sur la capacité à sélectionner, structurer et suivre les projets. Dans un environnement où l’information financière reste parfois insuffisante, l’investisseur devra analyser les flux de trésorerie, sécuriser les garanties et renforcer la gouvernance des entreprises financées.

L’aviation, premier test de la nouvelle discipline financière

Cette institutionnalisation intervient au moment où Baba Danpullo prépare l’un des investissements les plus ambitieux de sa carrière.

Plusieurs sources ont relayé son projet d’engager environ 500 milliards de FCFA dans Danpullo Air Line, une compagnie aérienne destinée à relier les dix régions du Cameroun avant une expansion vers les pays de la CEMAC. Le programme inclurait également la construction de deux infrastructures aéroportuaires à Douala et Yaoundé, avec une exploitation commerciale envisagée à l’horizon 2030.

Un projet de cette taille illustre précisément la nécessité de Danpullo Capital.

L’aviation est intensive en capital, exposée au prix du carburant, au risque de change, aux coûts de maintenance et aux aléas réglementaires. Elle exige une structuration financière rigoureuse, une gouvernance indépendante et une capacité à mobiliser plusieurs catégories d’investisseurs.

Danpullo Capital pourra ainsi devenir le lieu où les grandes ambitions industrielles du groupe seront évaluées avant d’être financées. La différence est essentielle : il ne s’agira plus seulement d’avoir la volonté d’investir, mais de démontrer que chaque projet peut générer des flux suffisants pour rémunérer le capital engagé.

Préserver, transmettre et faire croître

La création de Danpullo Capital traduit enfin une évolution plus profonde observée chez les grandes fortunes africaines.

La première génération d’entrepreneurs a souvent bâti ses groupes autour d’un fondateur omniprésent, contrôlant directement les décisions, les relations bancaires et les investissements. À mesure que ces empires vieillissent, la pérennité dépend de leur capacité à se détacher progressivement de la personne qui les a créés.

Institutionnaliser le patrimoine signifie mettre en place des règles d’investissement, des mécanismes de contrôle, des équipes professionnelles et une vision intergénérationnelle.

Pour Baba Danpullo, ce mouvement ne marque donc pas un retrait. Il représente un changement de rôle. L’entrepreneur qui a accumulé les actifs devient désormais l’architecte d’une plateforme chargée de les préserver, de les transmettre et de les transformer en une force d’investissement régionale.

Le succès de Danpullo Capital dépendra de la qualité de sa gouvernance, de la transparence de ses décisions et de sa capacité à résister aux investissements dictés par le prestige plutôt que par leur rentabilité.

Mais le signal est déjà important. En associant son capital à une expertise professionnelle internationale, Baba Danpullo ouvre une nouvelle étape de son parcours : celle où la puissance économique ne se mesure plus seulement à la valeur des actifs détenus, mais à la qualité de l’institution construite pour les faire durer.

Patrick Tchounjo

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