Paiements numériques : Hugues Efole ouvre un nouveau cycle stratégique pour EquityBCDC

Pour Hugues Efole, Directeur Général Adjoint d’EquityBCDC, l’avenir des paiements en République démocratique du Congo ne se jouera ni dans la carte seule, ni dans le mobile money, ni dans la multiplication des applications. Il reposera sur la capacité à connecter ces différents univers, à sécuriser les transactions et à offrir au client une expérience continue, du compte bancaire au portefeuille mobile, de Kinshasa aux réseaux internationaux.
Le prochain cycle de la banque congolaise ne sera pas seulement numérique. Il sera interconnecté.
À l’occasion du Visa Payments Forum 2026 à Paris, Hugues Efole a défendu une vision dans laquelle la technologie cesse d’être une vitrine pour devenir une infrastructure au service des usages. Pour EquityBCDC, la priorité n’est pas d’accumuler les innovations, mais d’organiser la circulation de l’argent entre plusieurs canaux encore trop souvent cloisonnés : compte bancaire, carte physique ou virtuelle, portefeuille mobile, réseau national et solutions internationales.
Cette stratégie répond à une réalité particulièrement forte en RDC. Le pays réunit de grandes métropoles, des territoires éloignés des agences bancaires, une économie informelle dominante et des habitudes de paiement très diverses. Aucune solution unique ne peut répondre à l’ensemble de ces contraintes.
EquityBCDC veut donc évoluer d’un modèle de distribution bancaire classique vers celui d’une plateforme de paiements ouverte, capable de relier la proximité physique aux infrastructures numériques.
Le partenariat comme infrastructure de croissance
Le premier enseignement porté par Hugues Efole est celui de la coopération.
Une banque ne peut plus construire seule l’ensemble de sa chaîne technologique. Les attentes des clients progressent plus rapidement que les cycles traditionnels de développement bancaire. Les paiements doivent être disponibles en permanence, exécutés rapidement et protégés contre des fraudes toujours plus sophistiquées.
EquityBCDC s’appuie pour cela sur deux actifs complémentaires. Le premier est son ancrage territorial, composé de ses agences et des agents bancaires EquityBCDC Express. Le second repose sur ses partenariats technologiques, notamment avec Visa, qui lui donnent accès à des infrastructures internationales de paiement et à de nouvelles capacités de sécurisation.
Cette association résume l’approche « phygitale » de la banque : maintenir une présence humaine dans les communautés tout en donnant aux clients la possibilité d’effectuer davantage d’opérations depuis leur téléphone.
Dans un pays aussi vaste que la RDC, cette combinaison peut réduire le coût de l’expansion bancaire. Construire une agence dans chaque localité serait difficilement soutenable. S’appuyer uniquement sur le numérique exclurait toutefois les populations confrontées à des problèmes de connectivité, de maîtrise technologique ou de confiance.
L’agent bancaire devient alors le point de jonction entre l’économie des espèces et celle des paiements numériques.
Mosolo et Visa, deux niveaux d’une même architecture
Le lancement du switch national Mosolo par la Banque Centrale du Congo constitue une évolution structurante. Son objectif est de renforcer l’interopérabilité domestique et de permettre aux différents acteurs du système financier congolais de mieux communiquer entre eux.
Mosolo répond à un enjeu de souveraineté. Une transaction réalisée entre deux acteurs congolais doit pouvoir être traitée localement, dans un cadre commun, avec des coûts maîtrisés et des règles adaptées aux priorités nationales.
Les réseaux internationaux conservent néanmoins une fonction essentielle. Visa apporte une connectivité transfrontalière, des standards mondiaux de sécurité et un accès à des infrastructures permettant aux clients d’utiliser leurs instruments de paiement au-delà de la RDC.
L’enjeu pour EquityBCDC n’est donc pas de choisir entre le switch national et le réseau international. Il est de rendre leur articulation invisible pour le client.
Un particulier doit pouvoir payer avec la même fluidité à Kinshasa, à Lubumbashi ou à l’étranger. Une entreprise doit pouvoir encaisser localement tout en restant connectée à ses partenaires internationaux. La valeur bancaire réside désormais dans cette continuité.
Mais cette architecture exigera une gouvernance précise. Les frais, les responsabilités, le traitement des incidents et la compensation entre institutions devront être clairement organisés. Une interopérabilité mal exécutée pourrait ajouter de la complexité là où elle promet de la supprimer.
Le mobile money n’est plus un concurrent, mais un prolongement
L’opposition entre banques et opérateurs de mobile money perd progressivement sa pertinence.
Orange Money, Airtel Money et M-Pesa disposent d’une présence forte dans les transactions quotidiennes. Leur proximité, leur simplicité et leurs réseaux de distribution ont permis de rapprocher les services financiers de millions d’utilisateurs.
Les banques conservent cependant des capacités spécifiques : gestion de l’épargne, financement des entreprises, crédit, conformité, services internationaux et conservation des dépôts.
EquityBCDC entend relier ces deux univers plutôt que les opposer. Son application permet déjà d’effectuer des transferts du compte bancaire vers un portefeuille mobile, à travers le Bank to Wallet, puis de réaliser l’opération inverse avec le Wallet to Bank.
Cette passerelle répond à un besoin concret. Le client ne raisonne pas en termes d’infrastructure bancaire ou télécom. Il veut simplement accéder à son argent, payer, recevoir des fonds ou transférer une somme au moment où il en a besoin.
Pour EquityBCDC, cette interconnexion permet aussi de rester présente dans la relation financière, même lorsque le dernier kilomètre de la transaction passe par le mobile money.
La prochaine compétition portera donc moins sur la possession exclusive du client que sur la capacité à lui offrir le parcours le plus simple.
Visa Direct et la bataille des transferts rapides
Parmi les innovations à impact immédiat, Hugues Efole place Visa Direct au premier rang.
La solution répond à une demande particulièrement importante en RDC : permettre l’envoi et la réception rapides de fonds, à l’intérieur du pays comme depuis l’étranger. Cette capacité peut soutenir les transferts familiaux, les paiements commerciaux, les décaissements d’entreprises et les flux provenant de la diaspora.
Dans une économie où le délai de réception de l’argent peut affecter la consommation d’un ménage ou la trésorerie d’une petite entreprise, la vitesse possède une valeur économique directe.
Toutefois, l’instantanéité technique ne suffira pas. L’adoption dépendra du coût total de la transaction, du taux de conversion appliqué, de la disponibilité réelle des fonds et de la simplicité des contrôles de conformité.
Pour EquityBCDC, le défi sera donc de transformer une infrastructure internationale en un service accessible et prévisible pour le client congolais.
La tokenisation, socle de la confiance numérique
La tokenisation constitue l’autre priorité immédiate.
Elle permet de remplacer les données sensibles d’une carte par un identifiant numérique utilisé lors des paiements. En cas d’interception, cet identifiant présente une valeur limitée en dehors de la transaction ou de l’environnement pour lequel il a été créé.
Cette technologie devient stratégique à mesure que progressent le commerce électronique, les cartes virtuelles et les paiements intégrés aux applications.
En RDC, la peur de la fraude demeure l’un des principaux freins au paiement numérique. Le développement des usages dépendra donc autant de la sécurité perçue que de la performance réelle des systèmes.
La tokenisation peut réduire l’exposition des données bancaires et renforcer la confiance des clients et des commerçants. Elle ne réglera cependant pas toutes les vulnérabilités. Les fraudes par manipulation, usurpation d’identité ou partage imprudent de codes confidentiels continueront d’exiger des actions de sensibilisation.
La technologie protège les données. L’éducation protège l’utilisateur.
Plus de connexions, davantage de risques
La stratégie d’interopérabilité élargit mécaniquement la surface d’attaque.
Chaque connexion entre une banque, un opérateur mobile, un commerçant, un agrégateur ou un réseau international crée un point supplémentaire à surveiller. L’amélioration de la fluidité doit donc s’accompagner d’une augmentation équivalente des capacités de contrôle.
EquityBCDC investit dans la détection de la fraude, l’authentification renforcée et la surveillance en temps réel des transactions. Les plateformes de renseignement sur les menaces peuvent compléter ce dispositif en permettant aux institutions de partager des informations et d’identifier plus rapidement les attaques émergentes.
Cette coopération est déterminante. Une banque peut sécuriser son propre système, mais elle reste exposée aux vulnérabilités de ses partenaires et de l’écosystème auquel elle est connectée.
La cybersécurité devient ainsi une responsabilité collective. Elle exige des standards communs, des mécanismes d’alerte partagés et une répartition claire des responsabilités en cas d’incident.
Pour le client, une seule question compte : qui lui répond lorsque son argent disparaît ou qu’une transaction échoue ? L’interopérabilité ne pourra inspirer confiance que si la prise en charge reste simple, même lorsque plusieurs acteurs interviennent en arrière-plan.
L’intelligence artificielle au service de l’efficacité bancaire
La transformation digitale d’EquityBCDC se traduit déjà par l’utilisation de chatbots destinés à améliorer le traitement des demandes clients. La banque prépare également une solution de self-onboarding permettant d’ouvrir un compte de manière autonome depuis un téléphone.
Cette évolution peut profondément modifier l’économie de la distribution bancaire.
L’ouverture numérique réduit les déplacements, raccourcit les délais et permet à la banque d’acquérir de nouveaux clients sans multiplier systématiquement les implantations physiques. Elle peut également libérer les équipes d’agence de certaines tâches administratives afin de les recentrer sur le conseil et les opérations complexes.
Mais le self-onboarding déplace vers le numérique plusieurs risques traditionnellement gérés au guichet : vérification de l’identité, authenticité des documents, lutte contre le blanchiment et protection des données personnelles.
L’intelligence artificielle pourra faciliter ces contrôles, détecter certaines anomalies et personnaliser les parcours. Son utilisation devra toutefois rester transparente et encadrée. L’automatisation ne doit pas conduire à exclure un client sans recours ni explication.
Le pragmatisme défendu par Hugues Efole apparaît ici essentiel : l’innovation doit résoudre un problème réel, pas seulement produire un effet d’annonce.
EquityBCDC veut devenir l’orchestrateur des flux
Derrière les cartes, les portefeuilles mobiles, Mosolo, Visa Direct et l’intelligence artificielle se dessine une transformation plus profonde du métier bancaire.
EquityBCDC ne veut plus seulement conserver l’argent ou financer l’économie. La banque cherche à devenir l’infrastructure capable d’organiser la circulation des flux entre les ménages, les commerçants, les entreprises et les marchés internationaux.
Cette position peut générer de nouvelles sources de revenus, renforcer la fidélité des clients et améliorer la connaissance des comportements transactionnels. Elle peut également aider la banque à mieux financer les petites entreprises, en s’appuyant sur des flux plus réguliers et mieux documentés.
Mais elle expose EquityBCDC à une concurrence élargie. Les fintechs, les opérateurs télécoms, les réseaux de cartes et les plateformes technologiques cherchent tous à contrôler une partie de la relation client.
La victoire ne reviendra pas nécessairement à l’acteur qui possède le plus grand nombre de services. Elle reviendra à celui qui réussira à rendre leur complexité invisible.
L’exécution sera le véritable avantage concurrentiel
La stratégie portée par Hugues Efole est cohérente : rapprocher le physique du numérique, connecter la banque au mobile money, intégrer Mosolo et les réseaux internationaux, puis renforcer la sécurité de l’ensemble.
Sa réussite devra toutefois être évaluée à partir d’indicateurs très concrets : coût des transactions, disponibilité des services, rapidité des transferts, nombre d’utilisateurs actifs et délai de traitement des réclamations.
La banque congolaise de demain ne sera pas jugée au nombre de technologies qu’elle annonce. Elle sera jugée à la capacité du client à payer, transférer ou recevoir son argent sans comprendre les infrastructures complexes qui rendent l’opération possible.
En faisant de l’interopérabilité le cœur de son modèle, EquityBCDC choisit un terrain particulièrement exigeant. Il ne suffit plus de posséder un compte, une carte ou une application. Il faut faire fonctionner tout l’écosystème comme un seul service.
C’est dans cette capacité à relier les mondes que se jouera désormais la puissance bancaire en RDC.
Patrick Tchounjo



