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Dimitri Kévin Ndjebi et Ghislain Claude Mboumba, les deux dirigeants au cœur de 70 % du marché bancaire gabonais

À Libreville, la compétition bancaire se joue désormais à deux. À fin juin 2026, BGFIBank Gabon et AFG Bank Gabon concentraient ensemble 68,75 % des crédits et 68,10 % des dépôts du système bancaire national. Derrière cette puissance financière se trouvent deux dirigeants aux trajectoires différentes : Dimitri Kévin Ndjebi, à la tête du leader historique, et Ghislain Claude Mboumba, qui pilote la transformation de l’ancienne BICIG. Leur duel structure désormais le financement des entreprises, la collecte de l’épargne et, plus largement, les équilibres financiers du Gabon.

Le terme de duopole n’a ici rien d’une formule éditoriale. Sur les huit établissements actifs dans le pays, BGFIBank et AFG Bank dominent simultanément les ressources, les financements, la rentabilité et l’exposition à l’État. Les autres banques continuent d’exister, mais aucune ne dispose aujourd’hui d’une surface financière comparable sur l’ensemble de ces indicateurs.

BGFIBank et AFG Bank captent près de sept francs sur dix

Sur le marché du crédit, BGFIBank détient 40,65 % des financements accordés à l’économie gabonaise, contre 28,10 % pour AFG Bank. Leur part cumulée atteint ainsi 68,75 %.

La concentration est presque identique du côté des ressources. BGFIBank collecte 35,58 % des dépôts bancaires du pays, tandis qu’AFG Bank en rassemble 32,52 %. À elles deux, les institutions contrôlent 68,10 % de l’épargne confiée aux banques gabonaises.

Cette domination ne repose donc pas sur un seul segment. Elle couvre les deux fonctions fondamentales d’une banque commerciale : attirer les liquidités et les transformer en financements.

Le poids du duo apparaît également dans les résultats. Au titre de l’exercice 2025, BGFIBank Gabon a dégagé un bénéfice net de 67,4 milliards FCFA, contre 31,3 milliards FCFA pour AFG Bank Gabon. Leur résultat cumulé, soit 98,7 milliards FCFA, représente environ 65 % des 151,1 milliards FCFA de bénéfices réalisés par l’ensemble du secteur.

Le marché bancaire gabonais n’est donc pas seulement concentré en volumes. Il l’est aussi en création de valeur.

Dimitri Kévin Ndjebi, la puissance des grands volumes

À la tête de BGFIBank Gabon, Dimitri Kévin Ndjebi dirige l’établissement qui dispose de la plus forte capacité de financement du pays. Les communications officielles de la banque le présentent comme son Directeur général, fonction qu’il exerce depuis sa nomination en juin 2023.

Son parcours éclaire en partie le positionnement de la banque. Entré au sein du groupe BGFIBank en 2008 comme analyste crédit, après une expérience à la Caisse d’Épargne Bourgogne–Franche-Comté, il a construit son expertise dans l’analyse du risque, le développement commercial, les opérations et la gestion de la clientèle.

Sous sa direction, BGFIBank Gabon conserve une avance nette sur les financements. La banque concentre plus de quatre crédits sur dix et demeure la première collectrice de dépôts du pays.

Son modèle semble davantage fondé sur la valeur des encours que sur le nombre de clients. BGFIBank ne représente que 12,77 % des comptes bancaires, avec 94 665 comptes recensés à fin juin 2026, mais domine largement les volumes financiers. Cette configuration suggère une forte présence auprès des grandes entreprises, des institutionnels, des administrations et des détenteurs d’importants dépôts.

La performance de Dimitri Kévin Ndjebi se mesure ainsi à la capacité de BGFIBank à conserver les dossiers les plus significatifs, à structurer des concours de grande taille et à mobiliser un bilan suffisamment puissant pour accompagner les besoins stratégiques du pays.

Ghislain Claude Mboumba transforme AFG Bank en contrepoids crédible

Face au leader, Ghislain Claude Mboumba ne dirige plus un simple challenger. AFG Bank Gabon est devenue le second pilier du système bancaire national.

Le site officiel de l’établissement le présente comme Directeur général. Nommé à la tête de la banque en 2024, il en connaissait déjà profondément les structures pour avoir occupé plusieurs responsabilités au sein de l’ancienne BICIG, notamment celles de directeur des programmes de transformation puis de directeur général adjoint.

Avec 28,10 % des crédits et 32,52 % des dépôts, AFG Bank se situe à une distance mesurée de BGFIBank. Son principal avantage apparaît cependant dans la profondeur de sa clientèle.

L’établissement détient 206 947 comptes, soit 27,91 % du total national, ce qui en fait la première banque du Gabon par le nombre de comptes ouverts. Il devance l’Union gabonaise de banque, qui en compte 175 053, tandis que BGFIBank reste loin derrière sur cet indicateur.

AFG Bank domine également les dépôts à terme avec 47,96 % de part de marché, contre 43,96 % pour BGFIBank. Cette position révèle une capacité importante à attirer et conserver une épargne stable, ressource essentielle pour financer l’économie sur des horizons plus longs.

La stratégie conduite par Ghislain Claude Mboumba combine ainsi deux dimensions : préserver l’héritage commercial de la BICIG tout en inscrivant l’établissement dans la nouvelle architecture panafricaine d’Atlantic Financial Group.

Son enjeu n’est plus seulement de défendre la deuxième place. Il consiste à convertir la largeur de la base clientèle en davantage de crédits, de revenus et de parts de marché sur les grandes entreprises.

Un duopole étroitement lié au financement de l’État gabonais

La domination des deux banques prend une dimension plus sensible lorsqu’elle est observée à travers leur exposition souveraine.

BGFIBank détenait environ 1 003 milliards FCFA de créances sur l’État gabonais à fin juin 2026. AFG Bank en portait 929,7 milliards FCFA. Ensemble, elles concentraient ainsi 1 932,7 milliards FCFA, soit près de 70 % du risque souverain détenu par les banques du pays.

Cette exposition est à la fois une source de revenus et un facteur de vulnérabilité.

Les titres publics offrent aux banques un placement rémunérateur, généralement plus simple à structurer que des milliers de crédits individuels. Ils permettent aussi de financer les infrastructures, les dépenses publiques et les besoins de trésorerie de l’État.

Mais lorsque deux banques concentrent simultanément les dépôts, les crédits privés et une part majeure de la dette publique détenue par le secteur, leur santé devient directement liée à celle des finances publiques.

Tout retard de paiement, tension de trésorerie ou dégradation de la signature souveraine peut alors affecter leurs liquidités, leur rentabilité et leur capacité à financer les entreprises. Inversement, une réduction brutale de leur intervention sur les titres publics pourrait compliquer le financement de l’État.

BGFIBank et AFG Bank ne sont donc plus seulement des intermédiaires financiers. Elles sont devenues des infrastructures systémiques de l’économie gabonaise.

UGB résiste par la clientèle, les autres banques restent distancées

Derrière les deux leaders, l’Union gabonaise de banque occupe une troisième place relativement stable, avec 9,39 % des crédits et 9,84 % des dépôts.

La filiale d’Attijariwafa bank conserve toutefois un avantage notable dans l’épargne et la clientèle. Elle représente 23,61 % des comptes bancaires et concentre 37,74 % des comptes d’épargne. Son réseau de 23 agences est par ailleurs comparable à ceux de BGFIBank et d’AFG Bank.

Cette profondeur commerciale lui offre une base solide, mais elle ne se traduit pas encore par une part équivalente dans les volumes de crédit et de dépôts.

Le reste du marché demeure très fragmenté. Sur les ressources, Ecobank détient 6,11 %, devant Orabank à 5,86 %, Citibank à 4,84 % et UBA Gabon à 4,64 %. La Banque pour le commerce et l’entrepreneuriat du Gabon reste marginale, avec environ 0,60 % des dépôts et moins de 0,25 % des crédits.

Ces établissements ne se partagent pas nécessairement des « miettes » : certains disposent de positions fortes sur des clientèles, des métiers ou des opérations spécifiques. Mais leur taille reste insuffisante pour contester simultanément BGFIBank et AFG Bank sur les grands agrégats.

Une concentration efficace, mais porteuse de risques

Un secteur bancaire concentré n’est pas automatiquement inefficace.

La présence de deux établissements puissants peut faciliter le financement de projets de grande taille. Leur capacité à mobiliser des ressources, à structurer des crédits complexes et à accompagner l’État constitue un avantage dans une économie où les besoins d’investissement sont importants.

Mais la concentration réduit également la capacité de négociation des emprunteurs.

Pour une grande entreprise ou une PME recherchant un crédit significatif, le nombre de partenaires capables de porter seuls l’opération reste limité. Cette situation peut réduire la concurrence sur les taux, les garanties, les commissions et les délais de traitement.

Elle pose aussi une question de résilience. Lorsqu’un acteur concentre 40 % des crédits et que les deux premiers établissements en portent près de 70 %, une difficulté affectant l’un d’eux aurait des conséquences disproportionnées sur l’économie.

Le défi des autorités de supervision ne consiste donc pas nécessairement à affaiblir les leaders. Il est de s’assurer que leur puissance s’accompagne de fonds propres suffisants, d’une gestion rigoureuse des risques et d’une diversification réelle des portefeuilles.

Deux dirigeants au centre du prochain cycle bancaire gabonais

Dimitri Kévin Ndjebi et Ghislain Claude Mboumba dirigent aujourd’hui deux institutions dont les décisions dépassent largement leurs propres comptes de résultat.

Le premier doit préserver l’avance de BGFIBank tout en évitant que sa taille et son exposition souveraine ne deviennent des sources de fragilité. Le second doit transformer la puissance commerciale d’AFG Bank, première banque par le nombre de comptes, en leadership financier plus affirmé.

Leur confrontation ne se jouera pas uniquement sur les parts de marché. Elle portera sur la digitalisation, le financement des PME, l’expérience client, la maîtrise du risque public et la capacité à accompagner la diversification économique du Gabon.

À fin juin 2026, le verdict des chiffres est clair : le système bancaire gabonais repose très largement sur BGFIBank et AFG Bank.

Mais le véritable test commence maintenant. Il ne s’agit plus seulement, pour Dimitri Kévin Ndjebi et Ghislain Claude Mboumba, de contrôler près de 70 % du marché. Il s’agit de démontrer que cette puissance peut produire davantage de financement privé, de concurrence et de résilience pour l’économie gabonaise.

Patrick Tchounjo

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