CDC Bénin rejoint Finance in Common : le pari de transformer les ressources publiques en levier pour le capital privé
La CDC Bénin ne cherche plus seulement à investir ses ressources : elle construit progressivement l’architecture qui doit lui permettre d’en mobiliser davantage. Son adhésion au Finance in Common System (FiCS), officialisée le 21 septembre 2026 à Cotonou, inscrit l’institution dans un réseau mondial de banques publiques de développement. L’enjeu est désormais de convertir cette connexion internationale en capitaux effectivement orientés vers l’économie béninoise.
Un réseau mondial, mais pas un guichet de financement automatique
Finance in Common fédère plus de 540 banques publiques de développement et leurs partenaires. Ces institutions représentent collectivement un poids considérable dans le financement de long terme : la base de données mise en avant par FiCS recensait plus de 530 banques publiques de développement en 2024, totalisant environ 23 000 milliards de dollars d’actifs.
Pour la Caisse des dépôts et consignations du Bénin, l’intérêt de cette adhésion réside moins dans l’accès à une enveloppe financière prédéterminée que dans la possibilité d’intégrer des mécanismes de coopération, de partager des expertises et de travailler sur des instruments capables de mobiliser davantage de capitaux publics et privés.
FiCS dispose notamment de coalitions thématiques et d’un Financial Innovation Lab consacré au développement d’instruments financiers innovants. Ses travaux couvrent notamment le financement mixte, les garanties, le risque de change et la mobilisation de capitaux privés pour le climat.
Après 330 000 dollars de la BAD, la logique du fonds de fonds
Cette adhésion s’inscrit dans une stratégie plus large. Le 19 février 2026, la Banque africaine de développement et CDC Bénin ont signé un accord portant sur une subvention de 330 000 dollars, accordée à travers le Capital Markets Development Trust Fund.
L’objectif est précis : renforcer les capacités de CDC Bénin pour opérationnaliser une stratégie d’investissement en fonds de fonds, destinée notamment au financement des PME au Bénin et en Afrique de l’Ouest. L’appui doit également contribuer à constituer un pipeline d’investissements et à élargir la base des investisseurs de long terme.
Le changement de logique est important. Plutôt que de financer exclusivement les entreprises en direct, un fonds de fonds permet à un investisseur institutionnel d’injecter du capital dans plusieurs véhicules spécialisés, lesquels financent ensuite des entreprises. Cette architecture peut contribuer à partager les risques, diversifier les allocations et attirer des investisseurs complémentaires.
Le véritable test sera la mobilisation du capital privé
C’est précisément là que l’adhésion à Finance in Common peut prendre son sens. Le FiCS Lab se donne pour mission d’aider les banques publiques de développement à concevoir des solutions capables de mobiliser le capital privé, particulièrement dans les économies émergentes.
Pour CDC Bénin, l’enjeu dépasse donc l’adhésion institutionnelle. Il faudra désormais transformer les partenariats en véhicules d’investissement, garanties, financements mixtes et opérations effectivement déployées.
Le succès ne se mesurera pas au nombre de réseaux rejoints, mais au montant de capitaux supplémentaires que CDC Bénin parviendra à mobiliser, à l’effet de levier obtenu sur les ressources publiques et à la capacité de ces instruments à financer durablement les PME et les investissements productifs.
Patrick Tchounjo
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