CEMAC : la BEAC prépare un accès des gestionnaires d’actifs à la pension livrée
La BEAC engage une assistance technique pour élargir la pension livrée aux gestionnaires d’actifs. Le projet vise la liquidité des titres publics, sans fonds déjà opérationnel.
La BEAC a publié le 27 octobre 2026 un appel à manifestation d’intérêt pour une assistance technique sur la pension livrée. L’enjeu : préparer un mécanisme de refinancement adapté aux sociétés de gestion d’actifs de la CEMAC, aujourd’hui confrontées aux limites du marché secondaire des titres publics.
Un portefeuille obligataire peut rapporter des intérêts tout en restant difficile à convertir rapidement en trésorerie. C’est ce décalage entre détention de titres et disponibilité des fonds que le chantier engagé par la Banque des États de l’Afrique centrale cherche à traiter. Il concerne directement la capacité des gestionnaires à répondre aux besoins de leurs clients sans dépendre uniquement d’une vente de leurs actifs.
Un dispositif encore à concevoir
La mission prévoit un diagnostic du marché, des propositions d’adaptation du cadre réglementaire et la conception d’un fonds de refinancement. Le règlement du 27 mars 2015 et la convention-cadre font partie des textes concernés. Les termes de référence font état de 2 603,4 milliards de FCFA d’échanges sur le marché secondaire des titres publics en 2025, mais d’un taux de rotation revenu à 27,96 %, contre 29,56 % en 2024.
Ces données invitent à distinguer deux dimensions : le montant des transactions et la facilité réelle à trouver une contrepartie. Un marché peut enregistrer davantage d’échanges sans que chaque détenteur puisse céder son portefeuille au moment voulu. La question prolonge celle de la diversification des investisseurs en titres publics dans la CEMAC.
Transformer temporairement un titre en trésorerie
Dans une pension livrée, un acteur vend des titres avec un engagement de rachat ultérieur à un prix convenu. Sur le plan économique, il obtient ainsi un financement garanti par ces actifs. L’apport de titres réduit l’exposition du prêteur au défaut de sa contrepartie ; il ne fait pas disparaître le risque.
Pour un gestionnaire, ce mécanisme offre en principe une alternative à la liquidation définitive d’une position. Il permet de dissocier un besoin temporaire de liquidités d’une décision d’investissement de plus long terme. Pour le financeur, sa solidité dépend notamment de la valeur des titres reçus et de leur capacité à être revendus si l’emprunteur manque à ses engagements.
La liquidité ne remplace pas la solvabilité
L’analyse économique du projet conduit à un point de vigilance : rendre un actif mobilisable ne le rend pas automatiquement moins risqué. Un dispositif robuste doit éviter que le financement à court terme masque une dégradation durable du portefeuille. La qualité des contreparties et la discipline de valorisation comptent autant que l’existence du mécanisme.
Le chantier s’inscrit dans le prolongement des questions de circulation de la liquidité sur le marché interbancaire régional. À ce stade, le fonds reste à structurer : cet appel ne constitue ni son lancement opérationnel ni l’annonce de financements déjà disponibles. Pour les professionnels, le prochain jalon tangible sera la définition des conditions effectives d’accès et de fonctionnement.
Par Malik Séna
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