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Fintech

Mouhamed Ndoye et Makhtar Diop propulsent Tanel dans une nouvelle phase de croissance aux côtés d’Alan

Par patrick tchounjo5 min de lecture
Mouhamed Ndoye et Makhtar Diop propulsent Tanel dans une nouvelle phase de croissance aux côtés d’Alan

L’opération dépasse largement le rachat d’une startup sénégalaise. En acquérant Tanel, fondée en 2021 à Dakar par Mouhamed Ndoye et Makhtar Diop, le français Alan réalise sa première implantation africaine et prend position sur deux marchés où l’assurance santé pourrait devenir l’un des nouveaux terrains de croissance des services financiers : le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Pour les deux entrepreneurs sénégalais, cette transaction consacre surtout une intuition stratégique : construire, depuis Dakar, une infrastructure numérique capable de simplifier l’accès aux soins et la gestion de la couverture santé des salariés.

Le montant de l’acquisition n’a pas été communiqué. Mais l’enjeu économique, lui, est clairement identifié. Selon Jean-Charles Samuelian-Werve, cofondateur et CEO d’Alan, le marché de l’assurance santé au Sénégal et en Côte d’Ivoire représente environ 600 millions d’euros, soit 696 millions de dollars, et progresserait d’environ 10 % par an.

Derrière ces chiffres se dessine une bataille beaucoup plus large : celle de la formalisation, de la digitalisation et de la montée en gamme de la couverture santé en Afrique de l’Ouest.

Tanel, la porte d’entrée africaine construite par Mouhamed Ndoye et Makhtar Diop

Pour Alan, partir de zéro aurait signifié découvrir simultanément les clients, les usages, les circuits de prise en charge et les réalités opérationnelles locales. Avec Tanel, le groupe français acquiert une structure déjà présente dans deux économies importantes de la région, disposant d’un portefeuille de clients et d’outils numériques dédiés à la gestion de la santé.

C’est ici que le parcours entrepreneurial de Mouhamed Ndoye et Makhtar Diop prend toute sa valeur.

En cinq ans, les deux fondateurs ont positionné Tanel sur une problématique concrète : faciliter l’accès aux soins, fluidifier les prises en charge et simplifier le suivi des prestations, notamment pour les entreprises gérant la couverture santé de leurs salariés.

Alan n’achète donc pas seulement une technologie. Il acquiert une implantation opérationnelle, une connaissance locale et une relation existante avec le marché.

Dans une stratégie d’expansion internationale, ces actifs peuvent être aussi déterminants que le capital.

Pourquoi Alan regarde désormais l’Afrique de l’Ouest

Le contexte sénégalais permet de mesurer le potentiel.

Le chiffre d’affaires du marché de l’assurance est passé de 295 milliards de FCFA en 2024 à 311 milliards en 2025, soit une croissance de 5,42 %. Les indemnités et prestations versées ont atteint 133 milliards de FCFA, contre 119 milliards l’année précédente.

Plus significatif encore, les placements des compagnies sont passés de 590 milliards de FCFA en 2023 à 649 milliards en 2025. Les dépôts bancaires représentaient 272 milliards de FCFA et les obligations et valeurs d’État 165,3 milliards.

Ces données décrivent un secteur qui gagne progressivement en profondeur financière.

À cette dynamique s’ajoutent les moteurs identifiés par Alan : croissance démographique, développement des entreprises, adoption des services numériques et attentes croissantes des salariés en matière de couverture santé.

L’assurance santé devient ainsi un marché où la technologie peut modifier non seulement la distribution, mais aussi l’expérience du bénéficiaire et la relation entre assureurs, entreprises et prestataires de soins.

100 millions d’euros pour financer un nouveau cycle d’expansion

L’acquisition intervient quelques mois après une levée de fonds de 100 millions d’euros réalisée par Alan en mars 2026, qui avait notamment vu l’entrée de Coalition Capital, le fonds d’investissement de Kylian Mbappé.

Le calendrier est révélateur.

Créé en 2016 et déjà présent en France, Belgique, Espagne et Canada, Alan avait annoncé fin août vouloir accélérer son développement international. Le rachat de Tanel transforme désormais cette ambition en première implantation africaine.

L’opération prolonge également sa stratégie dans les services de santé. En mars 2026, Alan avait acquis la startup française Aro, active dans la prévention. Avec Tanel, le groupe étend ce modèle en Afrique autour d’un triptyque : assurance santé, outils numériques et prévention.

Charles GORINTIN – Makhtar DIOP – Mouhamed NDOYE – Jean-Charles SAMUELIAN-WERVE 

Le vrai test commence maintenant

Le potentiel est considérable, mais la transplantation d’un modèle européen en Afrique de l’Ouest ne sera pas automatique.

Le texte même de la stratégie d’Alan identifie plusieurs paramètres déterminants : réglementation, distribution et accès aux soins. Sa capacité à adapter son modèle à ces réalités locales décidera largement de la réussite de l’expansion.

Pour le secteur, l’arrivée d’Alan peut également constituer un signal. La santé numérique devient progressivement une porte d’entrée vers l’assurance, tandis que les entreprises deviennent un canal stratégique pour toucher les salariés.

Et pour Mouhamed Ndoye et Makhtar Diop, la transaction porte une autre signification : une entreprise construite à Dakar devient le véhicule choisi par un acteur européen pour amorcer sa conquête africaine.

Tanel change d’échelle. Alan change de continent. Le véritable enjeu sera désormais de savoir si cette alliance peut transformer une croissance de marché estimée à 10 % par an en une nouvelle génération de services de santé assurantiels adaptés aux réalités ouest-africaines.

Patrick Tchounjo

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