SAMIR Money parmi les 24 API homologuées : le fintech sénégalais entre dans l’infrastructure du paiement instantané de l’UEMOA
Dans la transformation numérique des paiements en Afrique de l’Ouest, la prochaine rupture ne se jouera pas seulement dans les applications mobiles. Elle se joue désormais derrière les écrans, dans les interfaces capables de faire communiquer directement les systèmes comptables, les plateformes marchandes et les infrastructures financières.
La BCEAO vient d’homologuer 24 API Business destinées à connecter les entreprises à la Plateforme interopérable du système de paiement instantané de l’UEMOA, le PI-SPI. L’homologation signifie que ces interfaces satisfont aux exigences fonctionnelles, techniques, de performance et de sécurité définies par la Banque centrale.
Parmi elles figure SAMIR Money, établissement de paiement sénégalais agréé par la BCEAO sous le numéro EP.SN.005/2025. Son API Business PI-SPI fait partie des neuf solutions homologuées au Sénégal.
Derrière cette liste, une nouvelle architecture du paiement régional commence à prendre forme.
De l’application de paiement à l’infrastructure de l’entreprise
L’enjeu des API Business est d’abord opérationnel. Jusqu’ici, la digitalisation du paiement en Afrique de l’Ouest a largement été perçue depuis le consommateur : wallet, mobile money, QR code ou application bancaire.
Le PI-SPI ajoute une autre dimension : l’intégration du paiement directement dans les systèmes des entreprises.
Une société peut ainsi connecter son environnement informatique à une API homologuée pour émettre et recevoir des paiements, automatiser certaines opérations, effectuer des règlements de masse et suivre ses transactions en temps réel. La BCEAO identifie également l’amélioration de la gestion de trésorerie parmi les usages attendus.
Pour une entreprise traitant quotidiennement des centaines ou des milliers d’opérations, le changement est significatif. Le paiement peut progressivement devenir une fonction intégrée au système de gestion plutôt qu’une opération exécutée séparément.
SAMIR Money dans le cercle des API homologuées
La présence de SAMIR Money mérite d’être replacée dans cette évolution.
L’entreprise sénégalaise avait obtenu en 2025 son agrément d’établissement de paiement. Elle propose notamment des services de paiement marchand, de collecte et de règlements individuels ou de masse à destination des entreprises.
L’homologation de son API Business ajoute désormais une couche d’interopérabilité régionale à ce positionnement.
Concrètement, la logique du PI-SPI permet aux services concernés de fonctionner dans l’UEMOA indépendamment du prestataire utilisé par le payeur ou le bénéficiaire. C’est probablement l’une des dimensions économiques les plus importantes du dispositif : réduire la fragmentation entre réseaux de paiement.
SAMIR Money indique par ailleurs avoir déjà intégré le PI-SPI pour permettre notamment à ses marchands d’encaisser des paiements provenant des établissements connectés.
L’homologation de l’API Business pousse cette logique plus loin : le terrain de concurrence se déplace progressivement du simple wallet vers la capacité à fournir aux entreprises des infrastructures de paiement intégrables à leurs propres outils.
Sénégal et Côte d’Ivoire concentrent l’offre initiale
La géographie des 24 API donne également une indication sur la maturité actuelle de l’écosystème. Le Sénégal compte neuf solutions homologuées et la Côte d’Ivoire huit, soit 17 à eux deux. Le Niger en compte deux, tandis que le Bénin, le Burkina Faso, la Guinée-Bissau, le Mali et le Togo en disposent chacun d’une.
Cette concentration ne préjuge toutefois pas de la configuration future. La BCEAO précise que la liste sera régulièrement actualisée à mesure que de nouveaux participants achèveront leur processus d’homologation.
L’enjeu dépasse donc le classement initial.
Le vrai marché commence après l’homologation
Avec le PI-SPI, la BCEAO construit progressivement une infrastructure commune sur laquelle banques, établissements de paiement, fintechs et fournisseurs technologiques pourront développer leurs services.
L’homologation des 24 API constitue une étape technique décisive, mais pas encore une mesure de leur succès commercial.
Pour SAMIR Money comme pour les 23 autres solutions, les indicateurs déterminants viendront ensuite : nombre d’entreprises effectivement connectées, volume de paiements traité, qualité de service, capacité d’intégration aux logiciels professionnels et développement de nouveaux usages.
Car le véritable changement ne résidera pas dans l’existence de 24 interfaces. Il commencera lorsque des entreprises pourront encaisser, payer leurs fournisseurs, régler leurs salariés ou piloter leur trésorerie à travers un système interopérable à l’échelle de l’UEMOA.
C’est à ce moment que le PI-SPI cessera d’être seulement une infrastructure de paiement instantané pour devenir une composante de l’infrastructure économique régionale.
Patrick Tchounjo
A lire aussi dans Fintech
Tout voirPaiement mobile : Konoom s’installe au Cameroun et renforce sa gouvernance avec l’entrée de Frank Nzouetom au Conseil d’administration
En moins d’un an, Konoom Mobile Money est passée d’un agrément historique au Tchad à une ambition régionale qui prend…
Mouhamed Ndoye et Makhtar Diop propulsent Tanel dans une nouvelle phase de croissance aux côtés d’Alan
L’opération dépasse largement le rachat d’une startup sénégalaise. En acquérant Tanel, fondée en 2021 à Dakar par Mouhamed Ndoye et…
Paiements instantanés : avec 24 institutions, le Sénégal prend une longueur d’avance dans l’UEMOA
Le Sénégal vient de prendre une avance étroite, mais stratégiquement significative, dans la transformation des paiements en Afrique de l’Ouest.…