Mokom Ndi Ndzah, le trader devenu entrepreneur de la gestion d’actifs au Cameroun

Figure de la nouvelle finance camerounaise, Mokom Ndi Ndzah avance avec une conviction forgée par plus de quinze ans d’expérience entre le trading international, la trésorerie bancaire, les marchés de capitaux et l’entrepreneuriat financier. À la tête de Stoneshed Asset Management, société de gestion basée à Douala et agréée par la COSUMAF, il défend une ambition qui dépasse la simple gestion de portefeuille : faire de l’épargne locale un levier de financement, d’investissement et de transformation économique en zone CEMAC.
Son parcours raconte l’itinéraire d’un financier formé au Cameroun, exposé aux marchés londoniens, revenu sur le terrain bancaire local, puis engagé dans la construction d’une plateforme de gestion d’actifs. Dans une Afrique centrale où les marchés financiers restent encore étroits, peu liquides et insuffisamment compris du grand public, Mokom Ndi Ndzah incarne une génération de professionnels qui veulent déplacer les lignes. Son enjeu est clair : rapprocher les épargnants, les investisseurs et les institutions des instruments capables de financer l’économie réelle.
Sa trajectoire académique s’inscrit d’abord dans une spécialisation progressive en finance. Après un Bachelor en Banking and Finance à l’Université de Buea, entre 2006 et 2009, il poursuit sa formation au Royaume-Uni, à l’Université de Kent, où il obtient un MSc en Finance, Investment and Risk. Ce cursus lui donne une maîtrise des modèles d’allocation d’actifs, de l’analyse de portefeuille, de la gestion du risque financier, de la modélisation, de l’analyse financière et des mécanismes de valorisation.
Cette formation internationale ne constitue pas seulement un marqueur académique. Elle lui permet d’acquérir une lecture technique des marchés au moment même où la CEMAC a besoin de profils capables de comprendre les produits financiers, les risques, la liquidité, les attentes des investisseurs et les besoins de financement des entreprises. Pour une région encore largement dominée par le crédit bancaire classique, cette compétence devient stratégique.
C’est à Londres que Mokom Ndi Ndzah se confronte d’abord à la réalité des marchés. Il évolue comme futures trader chez Amplify Trading, puis comme trainee futures trader au sein de Global Trading Community. Il intervient sur des instruments tels que les futures sur indices, devises, pétrole, Bund, Schatz, Bobl et Euribor. Cette expérience lui donne une culture de marché en temps réel : discipline, gestion du risque, analyse technique, lecture des données économiques, psychologie du trading et capacité à décider dans des environnements volatils.
De retour au Cameroun, il intègre le secteur bancaire et la trésorerie. Il passe notamment par Citi comme Treasury Assistant, puis par CCPC Finance comme Treasury Manager. Ces fonctions renforcent sa compréhension des flux financiers, de la liquidité, des besoins des entreprises et des contraintes propres aux marchés africains. Elles lui permettent surtout de mesurer l’écart entre le potentiel d’épargne disponible dans la région et la faiblesse des canaux capables de l’orienter vers des placements structurés.
En 2018, il prend la direction de Stoneshed FX, avant de devenir, en août 2023, Chief Executive Officer de Stoneshed Asset Management. Cette étape marque un changement d’échelle. Il ne s’agit plus seulement d’intervenir sur les marchés, mais de construire un acteur capable d’accompagner les particuliers, les entreprises, les investisseurs et les institutions dans une logique de gestion organisée, transparente et encadrée.
Cette ambition prend une dimension concrète avec le lancement officiel des activités de Stoneshed Asset Management sur le marché de la CEMAC, à travers la mise sur le marché de ses deux premiers Fonds Communs de Placement : le FCP Stoneshed Classic et le FCP Stoneshed Gold. Ces deux véhicules marquent une étape importante pour la jeune société de gestion. Ils traduisent sa volonté de proposer des solutions d’investissement structurées, accessibles et adaptées à un marché régional encore en phase de maturation.
Le FCP Stoneshed Classic et le FCP Stoneshed Gold s’inscrivent dans une logique de démocratisation de l’investissement. L’objectif est de permettre à davantage d’épargnants d’accéder aux marchés financiers, y compris ceux qui ne disposent pas nécessairement de gros montants à placer. Dans une région où l’épargne est souvent conservée hors des circuits productifs ou orientée vers des placements traditionnels, les fonds communs de placement peuvent devenir un outil puissant de transformation. Ils permettent de mutualiser les ressources, de diversifier les risques et de professionnaliser la gestion.
Pour Mokom Ndi Ndzah, l’enjeu est autant financier que pédagogique. La CEMAC ne deviendra pas un véritable marché d’investissement uniquement par la réglementation ou par les discours institutionnels. Elle aura besoin de produits compréhensibles, d’une information claire, d’acteurs crédibles et d’un effort continu d’éducation financière. Les investisseurs doivent comprendre ce qu’ils achètent, les risques qu’ils prennent, les horizons de placement recommandés et les mécanismes de rendement. Sans pédagogie, la finance reste distante. Avec elle, elle devient un outil de projection.
Stoneshed Asset Management intervient dans un moment particulier. Les États de la région ont des besoins considérables en infrastructures. Les entreprises recherchent des financements de long terme. Les ménages veulent protéger leur épargne et accéder à des solutions de placement plus lisibles. Entre ces trois réalités, la gestion d’actifs peut jouer un rôle d’intermédiation essentiel. Elle peut canaliser les capitaux dormants vers des opportunités productives, tout en offrant aux investisseurs des instruments mieux encadrés.
Le profil de Mokom Ndi Ndzah se distingue par une double culture. D’un côté, celle du professionnel formé à la discipline des marchés internationaux, où chaque décision s’apprécie à l’aune du risque, de la liquidité et de la performance. De l’autre, celle de l’entrepreneur financier qui comprend les réalités locales : faible profondeur du marché, culture financière limitée, prudence des épargnants, besoin de confiance et nécessité de bâtir progressivement.
Cette combinaison donne de la cohérence à sa démarche. Son ambition n’est pas uniquement de gérer des fonds. Elle consiste à participer à la construction d’un écosystème où l’épargne camerounaise et sous-régionale peut financer des projets, soutenir des entreprises, renforcer les marchés de capitaux et ouvrir de nouvelles perspectives aux investisseurs particuliers.
Patrick Tchounjo



