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Djalal Khimdjee prend les commandes d’Africa50 Principal Investment Fund

L’Afrique ne manque ni de besoins ni de capitaux potentiels. Elle manque surtout de projets suffisamment structurés pour attirer durablement l’épargne institutionnelle. En confiant à Djalal Khimdjee la direction de son Principal Investment Fund, Africa50 ne procède donc pas à une simple nomination. L’institution recrute un financier rompu aux infrastructures, au capital-investissement et aux marchés émergents pour résoudre l’une des équations les plus difficiles du continent : produire un rendement compétitif tout en finançant les actifs indispensables à sa transformation économique.

À compter du 1er août 2026, Djalal Khimdjee prendra la direction générale de l’Africa50 Principal Investment Fund, nouvelle appellation d’Africa50 Project Finance. Installé à Casablanca, le véhicule intervient principalement en fonds propres et quasi-fonds propres dans des infrastructures privées ou développées en partenariat public-privé, à proximité de la clôture financière ou dans le cadre d’opérations de capital-développement.

Le changement de dénomination n’est pas anodin. En passant de « Project Finance » à « Principal Investment Fund », Africa50 affirme plus clairement son ambition de bâtir un véritable fonds d’investissement, soumis à une discipline de portefeuille, à des exigences de rentabilité et à une logique de rotation du capital.

Djalal Khimdjee devra ainsi faire évoluer un instrument conçu pour financer des projets vers une plateforme capable de gérer des actifs, d’attirer des co-investisseurs et de créer des performances reproductibles à l’échelle continentale.

Un banquier du développement devenu gestionnaire de croissance

Le nouveau dirigeant apporte plus de 25 années d’expérience dans le financement international, les infrastructures et la finance à impact. Il rejoint Africa50 après huit années à la direction générale de Proparco, filiale du groupe Agence française de développement dédiée au secteur privé. Son départ a été officialisé début juillet par la nomination d’Emmanuelle Riedel Drouin pour lui succéder comme directrice générale déléguée.

Sous son mandat, les investissements annuels de Proparco seraient passés de 1,4 milliard à 2,5 milliards d’euros, tandis que les actifs sous gestion progressaient de 5 milliards à 7,5 milliards d’euros. Il a participé au pilotage de la stratégie, à la réalisation des investissements et à la gestion du portefeuille d’une institution devenue l’un des principaux acteurs européens du financement privé dans les économies émergentes.

Cette expérience correspond directement aux attentes d’Africa50. Le défi ne consiste pas seulement à trouver des projets. Il faut sélectionner ceux qui peuvent absorber des capitaux importants, supporter une dette de long terme et générer des revenus suffisamment prévisibles pour rémunérer les investisseurs.

De l’ingénierie aux montages financiers complexes

La trajectoire de Djalal Khimdjee s’est construite à la frontière de la technique et de la finance. Il commence sa carrière en 1998 au sein du groupe Alcatel, avant de rejoindre en 2005 la division Infrastructures de Proparco.

Entre 2009 et 2013, il travaille à la Société financière internationale, la branche du groupe Banque mondiale consacrée au secteur privé. Il y structure des opérations d’infrastructures combinant dette, fonds propres et financements mezzanine. Il rejoint ensuite l’AFD, où il exerce dans les financements structurés puis dans l’accès au financement, avant de revenir à Proparco comme directeur général délégué en septembre 2018.

Sa formation traduit le même équilibre. Ingénieur en électronique et télécommunications de Grenoble INP, titulaire d’un master en administration des affaires et d’un Executive Master en ingénierie financière et finance d’entreprise de l’ESCP, il dispose d’un profil adapté aux infrastructures, où la compréhension technique du projet compte autant que la qualité du montage financier.

Africa50 veut passer de l’investissement à la gestion d’actifs

Africa50 a été créée à l’initiative d’États africains et de la Banque africaine de développement afin d’accélérer la préparation, la structuration et le financement d’infrastructures sur le continent. Son modèle combine aujourd’hui plusieurs véhicules intervenant à différentes étapes du cycle des projets : développement, investissement principal et mobilisation de capitaux institutionnels.

La plateforme indique avoir investi dans 33 projets répartis dans 32 pays africains, représentant une valeur agrégée supérieure à 8 milliards de dollars. L’ancien véhicule Project Finance aurait, à lui seul, déployé plus de 200 millions de dollars en fonds propres et quasi-fonds propres depuis sa création.

La nomination de Djalal Khimdjee doit permettre de franchir une nouvelle étape. Africa50 devra désormais démontrer qu’elle peut transformer son accès privilégié aux gouvernements et aux projets en un portefeuille suffisamment rentable, diversifié et liquide pour attirer davantage de caisses de retraite, de compagnies d’assurance et de fonds souverains.

Le véritable marché se trouve dans l’épargne africaine

La rareté des capitaux n’est qu’une partie du problème. En 2026, la Banque africaine de développement estimait que le continent avait besoin de 130 à 170 milliards de dollars par an pour ses infrastructures, avec un déficit annuel compris entre 68 et 108 milliards de dollars. Dans le même temps, les banques, assureurs, fonds de pension et fonds souverains africains géreraient près de 4 000 milliards de dollars d’actifs.

Moins de 2,7 % de ces capitaux seraient toutefois orientés vers les infrastructures et les secteurs productifs africains. Le paradoxe est donc moins celui d’une absence d’épargne que celui de son allocation.

Pour Djalal Khimdjee, l’enjeu sera de rendre les projets compatibles avec les contraintes des investisseurs institutionnels : visibilité des revenus, gouvernance indépendante, protection contre les risques politiques, mécanismes de sortie et maîtrise de l’exposition aux devises.

Un fonds d’infrastructures ne peut pas simplement présenter une utilité économique. Il doit offrir une rentabilité ajustée au risque crédible face aux obligations, à l’immobilier ou aux marchés internationaux.

Produire des actifs, pas seulement financer des chantiers

Le Principal Investment Fund se concentre sur les projets arrivés à un stade avancé de développement, ainsi que sur des plateformes capables de croître dans plusieurs marchés. Les secteurs prioritaires d’Africa50 comprennent l’énergie, le transport, les infrastructures numériques et le gaz intermédiaire, auxquels se sont ajoutés la fintech, la santé et l’éducation.

Cette approche ouvre une perspective différente. Plutôt que de financer un seul actif dans un seul pays, le Fonds peut développer des plateformes régionales de centres de données, d’énergie renouvelable, de transport ou de services essentiels.

Le modèle est plus complexe, mais aussi potentiellement plus rentable. Une plateforme régionale mutualise les équipes, la technologie et les contrats, tout en offrant des possibilités de sortie à des investisseurs industriels ou financiers.

La mission de Djalal Khimdjee sera donc autant de construire des entreprises d’infrastructures que de financer des ouvrages.

Une équation entre impact et rendement

La principale difficulté tiendra à l’équilibre entre la mission de développement d’Africa50 et les exigences financières des investisseurs.

Les infrastructures stratégiques ne sont pas toujours les plus immédiatement rentables. Les projets situés dans les économies fragiles peuvent offrir un impact considérable tout en présentant des risques de change, de paiement ou de gouvernance plus élevés. À l’inverse, une concentration excessive sur les actifs les plus sûrs limiterait la portée transformationnelle du Fonds.

Le nouveau directeur général devra construire une allocation suffisamment disciplinée pour protéger le capital, sans transformer Africa50 en investisseur prudent cantonné à quelques marchés matures.

Son expérience à Proparco et à l’IFC sera centrale. Elle lui a permis d’évoluer dans des institutions où chaque opération doit démontrer à la fois sa viabilité financière, son additionnalité et son impact.

Le test de l’exécution

La nomination de Djalal Khimdjee renforce l’architecture dirigeante mise en place par Alain Ebobissé. Africa50 dispose désormais de responsables expérimentés pour piloter ses différents véhicules et approfondir ses partenariats avec les investisseurs institutionnels.

Mais le véritable succès ne se mesurera pas au nombre de projets annoncés. Il dépendra du capital effectivement déployé, des délais de mise en œuvre, des rendements obtenus et de la capacité à recycler les investissements vers de nouveaux actifs.

Djalal Khimdjee arrive ainsi à Africa50 avec une mission qui dépasse la gestion d’un portefeuille. Il devra contribuer à faire émerger une nouvelle classe d’actifs africains : des infrastructures commercialement viables, gouvernées selon des standards internationaux et capables d’attirer l’épargne de long terme du continent.

C’est à cette condition que le déficit infrastructurel cessera d’être seulement présenté comme un problème de développement pour devenir, comme le soutient le nouveau dirigeant, l’une des principales opportunités d’investissement des prochaines décennies.

Patrick Tchounjo

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