Yérim Habib Sow pousse Bridge Bank vers le Burkina Faso : le pari sahélien d’un groupe bancaire en expansion

L’expansion de Bridge Bank au Burkina Faso ne commence pas à Ouagadougou. Elle trouve son origine dans une stratégie engagée en 2006 par Yérim Habib Sow, lorsque le fondateur de Teyliom décide de bâtir, depuis Abidjan, une banque africaine centrée sur les entreprises et les PME. Vingt ans plus tard, après la Côte d’Ivoire et le Sénégal, l’établissement prépare un nouveau déplacement de son centre de gravité vers le Sahel. Cette implantation sera moins une conquête qu’un examen : celui de la capacité de Bridge Bank à reproduire son modèle dans un marché concurrentiel, résilient, mais exposé à des risques plus complexes.
Bridge Bank aborde cette nouvelle étape avec une assise renforcée. L’établissement revendique un total de bilan de 1 427 milliards de FCFA et des fonds propres de 129 milliards de FCFA. Initialement spécialisée dans le financement des PME, la banque a progressivement élargi son offre aux grandes entreprises, aux institutions et aux professionnels.
Derrière cette construction se trouve Yérim Habib Sow, architecte capitalistique et stratégique du projet. Sa méthode repose sur une expansion progressive : consolider d’abord la franchise ivoirienne, renforcer les fonds propres, développer une clientèle d’entreprises, puis étendre le modèle à d’autres économies de l’UEMOA.
La répartition des rôles est désormais claire. Yérim Habib Sow porte la vision régionale et le capital ; Ehouman Kassi en assure l’exécution bancaire, à travers la gestion du crédit, la maîtrise des risques et la transformation opérationnelle.
Un marché attractif, mais déjà très disputé
Le Burkina Faso ne constitue pas un territoire vierge. Le pays comptait, à la fin de 2025, une vingtaine d’établissements de crédit, parmi lesquels Coris Bank International, Ecobank, Bank of Africa, UBA, Banque Atlantique et Vista Bank.
Bridge Bank ne pourra donc pas gagner par la seule densité de son réseau. Son avantage devra venir d’un positionnement plus ciblé : PME formalisées, entreprises familiales en croissance, sous-traitants miniers, distributeurs régionaux et sociétés actives sur le corridor Abidjan-Ouagadougou.
Malgré l’insécurité, l’économie burkinabè a affiché une croissance estimée à 5,3 % en 2025, soutenue par l’agriculture, les services et le secteur minier. Autour de l’or, du coton et de l’agro-industrie se développent des besoins importants en fonds de roulement, financement des stocks, garanties et moyens de paiement transfrontaliers.
Les PME et le corridor comme portes d’entrée
Bridge Bank dispose ici d’un argument solide. En 2024, elle a conclu avec IFC un mécanisme de partage des risques pouvant atteindre 40 millions de dollars, destiné à soutenir environ 2 100 prêts supplémentaires aux PME en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Un nouveau financement de 20 millions de dollars a également été signé en 2026 pour renforcer cette stratégie.
L’implantation burkinabè prolongerait cette spécialisation. Une présence des deux côtés du corridor Abidjan-Ouagadougou permettrait à la banque de suivre ses clients, financer les flux commerciaux, sécuriser les paiements et accompagner les entreprises opérant entre la Côte d’Ivoire et le Sahel.
Le digital devra toutefois maintenir les coûts sous contrôle. Face à des concurrents bien implantés, Bridge Bank devra privilégier une structure légère, des équipes spécialisées et des outils capables d’accélérer l’analyse du crédit sans affaiblir la qualité du risque.
Un test de reproductibilité
Le défi sera autant sécuritaire que commercial. La banque devra intégrer la localisation des entreprises, la fragilité des chaînes logistiques et la continuité des activités dans ses décisions de financement.
L’arrivée au Burkina Faso possède enfin une dimension symbolique. Bridge Bank entre sur le marché d’origine de Coris Bank International, un groupe ayant déjà réussi sa transformation d’établissement national en acteur régional.
Pour Yérim Habib Sow, Ouagadougou devient ainsi le test le plus exigeant de sa stratégie. Il ne s’agira pas seulement d’ouvrir une nouvelle implantation, mais de démontrer que le modèle construit à Abidjan peut voyager sans perdre sa discipline, sa rentabilité ni son identité.
Patrick Tchounjo



