Akim Daouda, le Gabonais qui veut transformer la biodiversité africaine en capital économique

Dans le bassin du Congo, la nature n’est pas seulement un patrimoine écologique. Elle est aussi l’un des grands actifs stratégiques du XXIe siècle. Encore faut-il savoir la protéger, la documenter, la valoriser et l’inscrire dans des chaînes de valeur crédibles. C’est précisément le pari d’Akim Daouda, fondateur et CEO de Mwaana Inc., une entreprise positionnée à l’intersection de la biodiversité, de la science, des données et des technologies. Son ambition est claire : faire en sorte que les pays et les communautés qui portent les ressources biologiques africaines ne restent pas en marge de la prochaine vague mondiale d’innovation.
Avec près de 18 ans d’expérience dans la finance internationale, l’investissement souverain, les infrastructures, le capital naturel et les marchés climatiques, Akim Daouda incarne une génération de dirigeants africains qui ne séparent plus économie et écologie. Pour lui, la conservation ne peut changer d’échelle sans architecture économique solide. Elle doit être traçable, gouvernée, investissable et capable de générer une valeur partagée.
Son parcours académique s’inscrit dans cette ouverture internationale. Diplômé en finance de Concordia University, il poursuit sa formation avec un Master of Science en International Finance à SKEMA Business School et à l’University of Westminster. Il est également Yale World Fellow à la Yale Jackson School of Global Affairs, une reconnaissance qui confirme son positionnement à la croisée de la finance, du développement durable et des affaires globales.
Ses débuts professionnels se font dans les grandes places financières européennes. Il intègre le Global Graduate Programme de Commerzbank à Francfort, puis rejoint HSBC à Paris comme manager en structured trade finance. Il y travaille sur des opérations de financement du commerce en Afrique et au Moyen-Orient, notamment dans les matières premières agricoles comme le cacao et les céréales. Cette première séquence lui donne une lecture concrète des flux, des risques, des chaînes de valeur et des besoins de financement des économies émergentes.
De retour au Gabon, il fonde et dirige Financière Doukia, une structure d’investissement et de trading de matières premières, avant de rejoindre PetroGabon Entreprise comme Head of Treasury et Chief of Staff auprès du CEO. Il y pilote des sujets de trésorerie, de liquidité, de financement bancaire et de planification financière. Cette expérience renforce sa capacité à relier stratégie, capital et exécution opérationnelle.
Le tournant majeur intervient au Fonds Gabonais d’Investissements Stratégiques. Entre 2013 et 2023, Akim Daouda y gravit les responsabilités : Investment Manager, Chief Investment Officer, puis Chief Executive Officer. À la tête du fonds souverain, il gère un portefeuille de plus de 1,8 milliard de dollars, réparti sur plus de 80 investissements. Son mandat est marqué par la finance verte, les infrastructures et les investissements durables. Il revendique notamment la mise en œuvre d’un échange dette-nature de 500 millions de dollars, présenté comme le premier du genre en Afrique, ainsi que la monétisation de 90 millions de tonnes de crédits carbone issus des forêts nationales. Sous sa direction, les actifs sous gestion directe du fonds auraient progressé de 400 à 650 millions de dollars.
Son expérience de gouvernance est tout aussi dense. Akim Daouda a siégé aux conseils de TotalEnergies Gabon, Moov Africa Gabon Telecom, Comilog, Union Gabonaise de Banque, SCG-Ré et de la Caisse des Dépôts et Consignations du Gabon, souvent sur des sujets de stratégie, d’audit, de risque, d’investissement et de conformité.
Avec Mwaana, lancé en 2024, il ouvre une nouvelle étape. L’entreprise veut bâtir des sociétés investissables à partir de la biodiversité africaine, en s’appuyant sur la bioprospection, le bien-être, le tourisme régénératif, les savoirs autochtones, la validation scientifique et la propriété intellectuelle. Le sujet est sensible : il touche à la traçabilité du matériel biologique, à l’accès et au partage des avantages, à la protection de l’origine et à la circulation gouvernée des molécules, ingrédients et données biologiques.
Membre du Global Future Council on Natural Capital du Forum économique mondial, membre du conseil de NatureFinance, engagé auprès de la VCMI et de GFANZ, Akim Daouda porte une conviction rare : l’Afrique ne doit pas seulement vendre ses ressources. Elle doit gouverner la valeur qu’elles produisent.
Patrick Tchounjo



