Marchés & Financements

BAD : 3 milliards USD pour le Bassin du Congo et un message clair sur la souveraineté financière africaine

Les Assemblées annuelles 2026 de la Banque africaine de développement (BAD) se sont refermées, le 29 mai à Brazzaville, sur un message clair : l’Afrique veut financer autrement sa transformation. Dans son discours de clôture, Sidi Ould Tah, président du Groupe, a salué des résultats qui « dépassent nos attentes », tout en déplaçant le centre de gravité du bilan. Pour lui, l’enjeu ne se limite plus aux montants annoncés, mais à la capacité du continent à convertir ces engagements en instruments, en projets bancables et en effets économiques mesurables.

« Je vous ai écoutés, et je vous ai entendus », a-t-il lancé aux gouverneurs, chefs d’État et partenaires présents. Une formule qui donne le ton de son mandat : faire des priorités exprimées à Brazzaville une boussole opérationnelle pour la BAD.

3 milliards USD pour replacer le Bassin du Congo au cœur de la finance climatique

La principale annonce concerne le Fonds bleu pour le Bassin du Congo, avec près de 3 milliards de dollars d’engagements mobilisés pour un espace écologique couvrant 17 pays. Derrière le signal financier, le message est stratégique. Le Bassin du Congo n’est plus seulement une réserve forestière ou un patrimoine environnemental, mais un actif climatique majeur, capable de structurer une nouvelle génération de financements verts africains.

Pour la BAD, l’enjeu est double : protéger l’un des grands puits de carbone de la planète et démontrer que la richesse naturelle africaine peut devenir un levier de développement et de souveraineté. La finance climatique cesse ainsi d’être périphérique pour entrer au cœur de la croissance du continent.

L’intégration africaine passe du symbole à la décision politique

L’autre signal fort est venu de Brazzaville même. En annonçant la suppression des visas pour les citoyens africains à partir du 1er janvier 2027, le président congolais Denis Sassou N’Guesso a donné une traduction concrète à l’agenda d’intégration continentale.

Sidi Ould Tah y voit une décision « courageuse, stratégique et profondément panafricaine ». Au-delà du symbole, cette ouverture envoie un message aux investisseurs, aux entrepreneurs et aux banques : la libre circulation reste l’une des conditions de la ZLECAf, de la croissance des PME régionales et de marchés africains plus profonds.

Le FAD gagne en soutien africain

Le Fonds africain de développement, guichet concessionnel de la BAD destiné aux pays les plus vulnérables, ressort également renforcé. Près de 190 millions de dollars de contributions africaines ont été annoncés dans la dynamique de reconstitution du FAD, avec notamment l’engagement de l’Angola à hauteur de 6,5 millions d’euros.

Ce soutien est important politiquement. Il traduit la volonté des pays africains de ne plus dépendre uniquement des bailleurs traditionnels pour financer les économies fragiles, les infrastructures sociales et les projets essentiels.

Femmes, jeunes, PME : le prochain cycle sera aussi social

Sidi Ould Tah a enfin élargi le périmètre des partenaires de la BAD à la société civile, à la philanthropie, au secteur privé et à la diaspora. Les femmes, les jeunes, les PME et l’accès aux services essentiels devront occuper une place centrale dans le prochain cycle d’intervention.

« La Banque sera votre partenaire de premier plan », a-t-il assuré aux acteurs non étatiques. En reprenant l’image de Tchicaya U Tam’si sur l’Afrique comme « grand point d’interrogation sur la carte du monde », le président de la BAD a voulu inverser la perspective : faire de Brazzaville le moment où ce point d’interrogation devient un point d’exclamation, celui de l’ambition, de la confiance et surtout de l’action.

Patrick Tchounjo

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