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Finance de développement

Maroc : la BAD lève 1 milliard MAD pour financer davantage en dirhams

La BAD réalise sa première émission obligataire en dirhams : 1 milliard MAD sur sept ans. Taux variable, risque de change et portée africaine du dispositif.

Par La rédaction4 min de lecture
Façade du siège de la Banque africaine de développement à Abidjan, photographiée en 2016
Siège de la BAD à Abidjan, janvier 2016. Photo : Citizen59 / Wikimedia Commons, CC BY 3.0.

La Banque africaine de développement a réalisé le 30 octobre 2026 sa première émission obligataire en dirhams marocains. D’un montant d’un milliard MAD et d’une maturité de sept ans, l’opération ouvre un nouveau canal de financement en monnaie locale. Son enjeu dépasse la levée elle-même : rapprocher la monnaie de la dette de celle des revenus des emprunteurs marocains.

Par Malik Séna

Un milliard de dirhams placé auprès d’investisseurs qualifiés

L’émission a pris la forme d’un placement privé auprès d’investisseurs qualifiés. Elle ne constitue donc pas une offre destinée au grand public. Le communiqué officiel de la Banque africaine de développement précise que les titres arrivent à échéance dans sept ans et portent un taux variable indexé sur le Moroccan Overnight Index Average, le MONIA.

Attijari Finances Corp est intervenue comme banque conseil. Attijariwafa bank et CDG Capital ont assuré le placement. L’opération a également mobilisé le ministère de l’Économie, des Finances et de la Performance publique, Bank Al-Maghrib et l’Autorité marocaine du marché des capitaux.

Plusieurs paramètres restent toutefois non publiés : la marge ajoutée au MONIA, la périodicité exacte de révision du coupon, le nombre de souscripteurs, le volume total de la demande et le prix détaillé du placement. En leur absence, il n’est pas possible de comparer précisément le coût de cette ressource avec celui d’autres émetteurs du marché marocain.

Le taux variable déplace le risque, il ne le supprime pas

L’indexation sur le MONIA lie le coût de la dette aux conditions du marché monétaire marocain. Si le taux de référence évolue, la charge d’intérêt de l’émetteur évoluera également selon les modalités prévues par la documentation de l’émission. Cette structure évite de figer un taux pendant sept ans, mais elle laisse subsister un risque de taux.

Pour les futurs clients de la BAD au Maroc, le principal avantage attendu se situe ailleurs : l’institution pourra davantage prêter en dirhams à des acteurs dont les revenus sont eux-mêmes libellés en dirhams. Cet alignement réduit le décalage de devises qui apparaît lorsqu’un projet génère des recettes locales mais doit rembourser une dette en euros ou en dollars. Il ne transforme pas pour autant chaque financement en ressource moins chère ; le prix final dépendra du coût de refinancement, du risque du projet et de la structure du prêt.

Une trésorerie dédiée pour prolonger l’opération

La Banque envisage la création d’un portefeuille de trésorerie dédié au dirham, qui pourrait être alimenté par la conversion d’une partie de ses liquidités en devises étrangères. L’émission devient ainsi la première brique d’une capacité plus régulière de financement local, plutôt qu’une transaction isolée.

Le Maroc sert de terrain pilote en raison de la profondeur de son système financier, de la demande de financements en dirhams et de l’importance du portefeuille de la BAD dans le pays. Depuis 1978, l’institution indique avoir mobilisé près de 15 milliards d’euros pour plus de 150 projets marocains. Cette relation comprend déjà des montages importants, comme la garantie de 450 millions d’euros conclue avec OCP pour l’industrie verte.

Un test pour les marchés africains en monnaie locale

La BAD entend aussi contribuer au développement des instruments de couverture et à la liquidité du marché marocain des produits dérivés. Ces infrastructures sont essentielles pour gérer les risques de taux et de change générés par des bilans composés de plusieurs monnaies. Les enseignements du dispositif marocain pourraient ensuite guider des solutions similaires dans d’autres devises africaines, mais aucun calendrier ni aucune monnaie suivante n’ont été annoncés.

Cette émission doit enfin être distinguée de l’obligation sociale de deux milliards de dollars hongkongais fixée deux jours plus tôt. L’opération en HKD relève d’une diversification internationale et d’un cadre social ; le milliard de dirhams répond d’abord à une stratégie de financement local au Maroc. Dans les deux cas, la Banque élargit ses sources de ressources, mais avec des monnaies, des investisseurs et des objectifs financiers différents.

Ce que l’annonce ne dit pas encore

Le milliard MAD ne correspond pas à l’annonce d’un prêt immédiatement affecté à un projet précis. Le communiqué ne publie ni allocation sectorielle, ni bénéficiaire final, ni calendrier de décaissement. La portée économique de l’opération sera donc mesurée dans le temps : volume de prêts effectivement accordés en dirhams, qualité de la couverture des risques et capacité à répéter l’accès au marché local dans des conditions soutenables.

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