La BCEAO a lancé le 3 novembre 2026 trois consultations pour améliorer les produits financiers, accompagner la transformation des institutions de microfinance et faire connaître les services du Bureau d’information sur le crédit. Leur point commun : agir sur les conditions d’utilisation de la finance formelle, au-delà de l’ouverture d’un compte.
Par Ariane Noma
Une offre mal adaptée, une institution qui peine à se transformer, un emprunteur qui ignore les informations utilisées pour évaluer son dossier : l’exclusion financière se joue aussi dans ces obstacles moins visibles. Les trois dossiers ouverts par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest permettent de lire une même priorité sous trois angles. Il s’agit encore de sélectionner des prestataires, pas d’annoncer des services nouveaux déjà déployés.
Des produits construits autour des contraintes des clients
La première consultation prévoit des outils pratiques de conception de produits financiers pour les banques, institutions de microfinance, émetteurs de monnaie électronique et établissements de paiement. Le travail doit aider ces acteurs à identifier les besoins des populations exclues et à adapter leurs offres, y compris par des guichets spécifiques. Les propositions sont attendues le 4 décembre 2026 à 12 heures TU ; la mission est prévue sur douze mois après signature.
L’enjeu commercial est concret. Un service peut être disponible sans correspondre au rythme des revenus, aux usages ou aux contraintes de son public. Pour un établissement, multiplier les ouvertures de comptes sans construire une utilisation régulière laisse entière la question de la rentabilité de la relation. L’efficacité des futurs outils devra donc se mesurer dans les offres effectivement adoptées, pas seulement dans leur production documentaire.
Transformer les microfinances sans fragiliser la continuité
Le deuxième chantier concerne l’actualisation du guide de transformation institutionnelle des microfinances, dont la version de référence remonte à 2009. Les termes de référence demandent d’étudier les conséquences juridiques, comptables, fiscales et prudentielles des transformations, notamment le traitement des actifs, des passifs et des fonds propres. Une version simplifiée doit être destinée aux dirigeants des petites structures. La clôture des offres est fixée au 30 novembre à 12 heures TU.
Pour les conseils d’administration, ce sujet dépasse le changement de statut. Il touche à la manière de reprendre les engagements et de maintenir l’activité pendant une transition. Pour les déposants, la question centrale demeure la continuité du service et la protection de leurs avoirs. Le dossier prévoit précisément une cartographie des risques de transition ; il ne constitue ni un agrément individuel ni la preuve qu’une transformation particulière a déjà été autorisée.
Rendre l’information sur le crédit compréhensible
La troisième consultation prépare une campagne sur les services du Bureau d’information sur le crédit. Le dossier donne la mesure du décalage : Creditinfo West Africa comptait 20 818 890 clients enregistrés et plus de 49 millions de contrats au 30 juin 2026, tandis que l’enquête sur les conditions de vie des ménages à fin 2025 y est citée avec seulement 3,4 % de ménages connaissant le BIC. Ces populations statistiques et ces dates diffèrent : les chiffres ne permettent pas de calculer une part de clients informés.
La campagne doit notamment expliquer l’accès au rapport de solvabilité et les mécanismes de réclamation. Les offres sont attendues le 3 décembre à 12 heures TU. Pour l’emprunteur, comprendre son dossier peut rendre la relation avec le prêteur plus lisible ; cela ne garantit ni l’octroi d’un crédit ni une baisse de son taux.
Le test sera l’usage réel
Ces travaux complètent la lecture de l’inclusion financière dans l’UEMOA et des conditions bancaires dans l’Union. Notre lecture des trois chantiers fait apparaître une chaîne : adapter le service, consolider l’institution qui le délivre et donner au client les moyens de le comprendre. Leur lancement établit une direction de travail. Seuls leur exécution, l’appropriation par les établissements et les résultats pour les usagers permettront d’en apprécier l’impact.
Photo d’archive : bâtiment de la BCEAO à Ouagadougou, 2010. Wegmann / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0. Image redimensionnée par WordPress ; elle ne représente pas le lancement des consultations.



