Finance de développement

Dayi Allaire Branham Kintombo élu représentant suppléant de l’Afrique centrale au Conseil d’administration de l’AIAFD

Dans la finance de développement, certaines désignations valent plus qu’un titre. Elles indiquent une montée en crédibilité, une reconnaissance institutionnelle et, parfois, le début d’un repositionnement stratégique. L’élection de Dayi Allaire Branham Kintombo, Directeur Général du Fonds d’Impulsion, de Garantie et d’Accompagnement de la République du Congo, comme représentant suppléant de l’Afrique centrale au Conseil d’administration de l’Association des Institutions Africaines de Financement du Développement, s’inscrit dans cette lecture.

L’information compte parce qu’elle dépasse le parcours individuel. Elle place le FIGA Congo dans un réseau continental où se discutent les grands enjeux du financement du développement, de la mobilisation des ressources, du soutien aux PME, de la garantie du crédit et de la souveraineté financière africaine. Pour une institution encore jeune, cette présence au sein de l’AIAFD constitue un marqueur important : le Congo ne veut plus seulement disposer d’un mécanisme national d’appui aux entrepreneurs ; il entend l’inscrire dans une architecture africaine plus large.

Le FIGA occupe une place stratégique dans l’économie congolaise. Doté d’un capital de 30 milliards de FCFA, il a pour vocation de soutenir les micros, très petites, petites et moyennes entreprises, ainsi que les artisans. Sa mission répond à l’un des blocages majeurs de nombreuses économies africaines : l’écart persistant entre les besoins de financement des entrepreneurs et la capacité du système bancaire classique à prendre des risques sur ces profils.

À la tête du FIGA depuis 2024, après une période d’intérim, Dayi Allaire Branham Kintombo incarne une génération de dirigeants publics appelés à faire évoluer les outils de financement vers plus d’efficacité, de rigueur et d’impact. Sa formation en audit et contrôle de gestion, acquise à l’École Supérieure de Gestion de Marrakech, éclaire son positionnement : il ne s’agit pas seulement d’accompagner les entrepreneurs, mais de structurer un dispositif capable de mesurer les risques, d’améliorer la gouvernance et de sécuriser les interventions.

Son mandat au FIGA s’articule autour d’un enjeu clair : transformer un fonds public en véritable levier de financement productif. Le plan stratégique 2024-2027 vise à faciliter l’accès au financement, renforcer la garantie des crédits et accompagner les porteurs de projets jusqu’à la concrétisation de leurs activités. Le changement de statut juridique, d’établissement public administratif vers établissement public à caractère industriel et commercial, traduit cette volonté de donner plus de souplesse opérationnelle à l’institution et de renforcer sa capacité d’intervention.

Les partenariats noués, notamment avec des acteurs comme CAPPED S.A., montrent également une orientation pragmatique : le FIGA cherche à agir comme catalyseur entre les entrepreneurs, les institutions financières et les mécanismes de garantie. Cette logique est essentielle. En Afrique centrale, le défi n’est pas seulement de créer des entreprises, mais de leur donner accès à des financements adaptés, à de l’accompagnement technique et à une crédibilité bancaire.

L’élection de Kintombo au sein de l’AIAFD intervient donc à un moment où la finance de développement africaine cherche à changer d’échelle. Les États ont besoin d’institutions capables de soutenir les PME, de réduire les risques pour les banques et de transformer l’épargne ou les ressources publiques en capital productif. Pour le Congo, cette représentation est une opportunité : renforcer sa voix, apprendre des autres modèles africains et positionner le FIGA comme un outil crédible de développement entrepreneurial.

Au fond, ce signal institutionnel rappelle une vérité simple : la souveraineté économique ne se décrète pas. Elle se construit par des mécanismes capables de financer les entrepreneurs, de garantir les risques et d’accompagner la création de valeur. Avec le FIGA, le Congo tente précisément de bâtir cet outil. Avec Dayi Allaire Branham Kintombo, il cherche désormais à lui donner une portée africaine.

Patrick Tchounjo

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